Friday, April 22, 2016

Énoncé de Mgr Prendergast au sujet du projet de loi C-14 sur l'Euthanasie, le Suicide assisté


La décision de la Cour suprême du Canada dans le cas Carter en février 2015 représente un jour sombre dans l’histoire du Canada alors que celle-ci invalidait les dispositions du Code criminel en matière de suicide assisté.

Cette décision ouvrait la porte à la possibilité de voir le Canada se joindre à une petite minorité de pays et d’entités juridiques qui permettent soit la mise à mort directe d’un patient ou une mort indirecte par administration de drogues létales.

Cette décision de la Cour suprême pavait la voie de manière inévitable au projet de loi présenté à Ottawa le 14 avril. Le projet de loi C-14 du gouvernement libéral portant sur l’aide médicale à mourir légalisera à la fois l’euthanasie et le suicide assisté.

Le Parlement doit légiférer avant le 6 juin sinon la décision dans le cas Carter entrera en vigueur laissant un vide juridique en matière d’euthanasie et de suicide assisté semblable à celui qui existe en matière d’avortement. Cette conjoncture placerait les législateurs qui s’opposent au suicide assisté dans une situation difficile.

Toutefois, le projet de loi qui fut présenté à la Chambre des communes jeudi passé aurait pu être évité. Le gouvernement conservateur précédent et l’actuel gouvernement libéral auraient pu invoquer la clause dérogatoire de la Charte et suspendre la décision de la cour pour une période de cinq ans. Les cinq semaines allouées afin de voir le projet de loi C-14 franchir les étapes d’étude et de vote en comité, à la Chambre des communes et au Sénat, sont insuffisantes tenant compte de l’impact de l’euthanasie et du suicide assisté sur nos lois et sur le système de santé.

L’Église catholique a toujours enseigné que la vie doit être respectée de la conception à la mort naturelle. Tuer une personne innocente est toujours moralement mal et les catholiques doivent comprendre que le fait de demander l’euthanasie ou le suicide assisté est tout aussi moralement inacceptable et qu’ils mettent ainsi leur âme en péril.

En optant pour le suicide assisté, ils ne seront pas convenablement disposés à recevoir les derniers rites de l’Église qui incluent la confession, la sainte communion et l’onction des malades.


La participation au suicide assisté ou à l’euthanasie par les professionnels de la santé est elle aussi moralement inacceptable. Ceci inclut le fait de recommander un patient qui en fait la demande à un autre professionnel de la santé. Il est décevant que ce projet de loi ne prévoie pas de dispositions claires afin de protéger le droit à l’objection de conscience de la part de professionnels de la santé et pour les institutions de santé confessionnelles.

Quoique j’apprécie le fait que le projet de loi C-14 n’inclue pas la possibilité d’euthanasie et de suicide assisté pour les mineurs, les personnes qui souffrent de maladies mentales et pour celles qui sont atteintes de démence, pourvu qu’elles aient donné des directives au préalable, rien ne garantit que des remises en cause légales ou des modifications à la loi n’élargiraient pas l’accès aux injections létales ou au cocktail de médicaments à ces personnes vulnérables.

L’expérience nous démontre que, dans les juridictions qui ont légalisé l’euthanasie et le suicide assisté, les critères continuent de s’élargir et que les balises existantes n’ont pas empêché que des personnes vulnérables soient euthanasiées sans leur consentement. Les législateurs, éthiciens et groupes de médecins catholiques peuvent œuvrer afin d’atténuer les effets d’une mauvaise loi en cherchant à réduire au minimum les dommages causés par celle-ci.



En ma qualité d’évêque catholique, je dois rappeler à toute personne de bonne volonté que le fait d’enlever la vie à tout être humain est toujours contraire à la morale et ne devrait pas être permis dans notre système légal ou de santé. S’il l’était, les droits d’objection de conscience de la part de ceux et celles qui ne voudraient pas y prendre part—tant les professionnels de la santé que les patients qui veulent une institution qui ne les tueraient pas—doivent être respectés.

Dans le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés, on peut lire : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». Malheureusement, le projet de loi qui est devant nous, visant à permettre la mise à mort de Canadiens vulnérables, démontre à quel point nous nous sommes éloignés des principes qui font du Canada le merveilleux pays qu’il est.

J’encourage les Canadiennes et Canadiens à revoir l’orientation que prend notre pays en matière d’euthanasie et de suicide assisté et de faire connaître à leurs députés fédéraux et sénateurs leur désir de protéger la vie et de prendre soin des plus vulnérables et non pas de les tuer.

Terrence Prendergast, s.j., 
Archevêque d’Ottawa 
& Administrateur apostolique, Diocèse d’Alexandria-Cornwall

1 comment:

  1. Le gros problème avec C-14 ce n'est pas le sujet de la loi mais les principes qui s'effritent. La vie est sacré et quiconque dit le contraire n'a jamais connue la joie de l'émerveillement. Les législateurs eux-mêmes ont oublié le principe fondamental de leur engagement qui est d'offrir aux canadiens et canadiennes le mieux être. Et comment ce mieux être peut-il être possible en tuant ses semblables? Merci Mgr de vous lever et de parler au nom des condamnés qui sont les plus vulnérables de notre monde. Comment une société peut-elle évoluer en tuant ses membres les plus faibles et non en les protégeant? Que Dieu éclaire ces esprits qui nous dirige

    ReplyDelete