Wednesday, July 22, 2009

Feast of St. Mary Magdalene; Trappist Ordinations

ORDINATION HOMILY (ENGLISH VERSION FOLLOWS)

Abbaye de Notre-Dame de Sept-Fons, France
Mercredi 22 juillet, 2009: Sainte Marie Madeleine, apôtre aux apôtres

ORDINATION DIACONALE des frères M.-Jérôme et M.-Joachim et ORDINATION PRESBYTERALE des frères M.-Macaire et M.-Nathanaël [Textes: Cantique des cantiques 3.1-4a; Psaume 44 (45), 10-11; Jean 20.1, 11-18]


Chers frères et sœurs dans le Christ,

Ces hommes, vos confrères en religion, membres de vos familles et amis, seront dans quelques instants ordonnés à la prêtrise ou au diaconat. L’exceptionnel, c’est que ces moines n’exerceront pas leur ministère dans le contexte presbytéral habituel des paroisses ou des communautés de fidèles laïques. Ils seront, de façon stable, au service de cette Abbaye de Sept-Fons ou d’une autre communauté monastique sœur.

Depuis le deuxième Concile du Vatican jusqu’à nos jours, les documents du Magistère sur le presbytérat fondent celui-ci plutôt sur le sacerdoce diocésain. Ils centrent leur attention sur le ministère du prêtre diocésain et sa relation avec son évêque.

Ce modèle semble non seulement ignorer, mais parfois même contredire certains aspects de la vie du moine-prêtre. On pourra déduire, par exemple, que pour favoriser sa vie de prière, le prêtre contemplatif est exempté de plusieurs aspects du ministère habituel du prêtre.

Les moines pourront trouver cette vision insuffisante puisqu’elle semble prétendre l’existence d’une incompatibilité fondamentale entre la vie monastique et la prêtrise. Par contre, il faut se souvenir que le phénomène du presbytérat monastique est très ancien. Au sixième siècle déjà, saint Benoît devait aborder non seulement la question de l’incorporation de prêtres à la communauté monastique, mais aussi celle de l’ordination même des moines.

De plus, le Magistère a affirmé à maintes reprises la complémentarité de la vocation à la prêtrise et celle à la vie religieuse. C’est un thème de cette année du sacerdoce ou le Saint Père présente Saint Jean Marie Vianney comme modèle pour chaque prêtre, non seulement le prêtre diocésain.

Quelle description théologique du sacerdoce monastique pourrait donc informer notre cérémonie au cours de laquelle les frères Macaire et Nathanaël seront consacrés au service presbytéral et les frères Jérôme et Joachim seront ordonnés au diaconat en vue du presbytérat?

Après l’examen des documents principaux de l’Église, tout en tentant de cibler l’endroit où la description de la vie et le ministère du prêtre diocésain entre en conflit avec la vie et le ministère du moine-prêtre, on peut trouver certaines convergences. Elles touchent principalement la configuration spécifique du prêtre au Christ, le Grand Prêtre.

Ceci fait écho à un thème sans cesse repris dans les écrits monastiques : la description de l’idéal monastique en termes de conformation graduelle du moine au Christ. Dans la Règle de saint Benoît, les images du Christ proposées à l’imitation des moines-prêtres sont à la fois celles du médecin et du pasteur, et celles de celui qui est humble et obéissant. Les écrivains cisterciens les plus importants du douzième siècle ont élaboré sur ces images appliquées au moine, autant à celui qui dirige qu’au disciple.

Celles qui s’appliquent à l’abbé – pastor et medicus – font référence à la participation au ministère du Christ même. Celles qui s’appliquent à tous les moines – humilitas et obedientia – font référence à l’imitation transformatrice du Christ même.

On souligne ainsi le fait que le prêtre soit choisi à partir de la communauté des fidèles. Bien qu’appelé à diriger le peuple de Dieu en partageant et en continuant le ministère du Christ, il n’en demeure pas moins un disciple qui a un besoin constant de devenir conforme au Christ; cette démarche fut amorcée au baptême.

Il existe évidemment d’autres façons de décrire le sacerdoce monastique dans la tradition. L’une d’elles est le lien entre la consécration religieuse et l’offrande que le Christ a faite de lui-même au Père pour le monde. Le monachisme était appelé un martyre blanc.

Ou encore, la relation spéciale du moine à la Parole de Dieu. La pratique de la Lectio divina, forme typique de prière monastique, met un accent particulier sur la vie et le ministère du moine-prêtre. Son dialogue régulier et priant avec la Parole prononcée de toute éternité par le Père au moyen de la Parole écrite est à la fois caractéristique et transformatrice.

On y réserve du temps dans l’horaire quotidien. Avec la prière chorale et le travail manuel, elle constitue l’un des trois éléments fondamentaux de la vie monastique contemplative. La transformation opérée par ce contact quotidien avec la Parole de Dieu peut être comparée à celle qu’opère notre contact quotidien avec le Christ de l’Eucharistie.

Nous fêtons aujourd’hui sainte Marie Madeleine, appelée l’apôtre des apôtres par une tradition ancienne. La Parole de Dieu retenue pour ce jour suggère plusieurs thèmes pour cette mise à part de nos frères dans les ordres sacrés de l’Église.

Le Cantique des cantiques parle de la communion mystique entre l’amante et son bien-aimé. Il est un écho de l’intimité qui existe entre le moine et Dieu dans le Christ, par la communion quotidienne à la Parole et au Pain. Jour et nuit, tout l’être du moine est tendu vers l’union avec le bien-aimé, avec le Christ : « toute la nuit j’ai cherché celui que mon cœur aime », jusqu’à ce qu’il puisse déclarer : « j’ai trouvé celui que mon cœur aime. »

Trouver le Christ opère dans l’âme du disciple ce que l’évangile affirme s’être passé chez Marie Madeleine : sa joie explose et la ramène à la communauté des disciples. En elle, nous voyons s’accomplir l’affirmation de Jésus, le Bon Pasteur : il connaît ses brebis par leur nom et elles reconnaissent sa voix à son appel. Embrasée d’amour, Marie n’a pu que partager cette bonne nouvelle aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ». Voilà ce que chacun de nous est appelé à proclamer, non seulement par des paroles, mais par notre propre vie, chacun à sa façon.

Pour chaque chrétien, mais en particulier pour le moine-diacre et le moine-prêtre, l’amour du Christ, selon le Pape Benoît XVI, « n’est pas essentiellement une force cosmique, mais [quelque chose de] divin, de transcendent. Il agit sur l’univers, mais en soi, l’amour du Christ est aussi une puissance « autre ». Son altérité transcendante, est manifestée par le Seigneur dans sa Pâque, la « sainteté » du « chemin » choisi par lui pour nous libérer de la domination du mal… Dans le mystère pascal, Jésus a traversé l’abîme de la mort, puisque Dieu a ainsi voulu renouveler le monde : par la mort et la résurrection de son Fils « mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux. » (2 Co 5, 16).



En poursuivant notre célébration alors que nos frères se préparent à une nouvelle étape de leur marche intime à la suite du Christ, prenons la résolution de faire de toute notre vie un don total et désintéressé afin qu’au dernier jour nous puissions entendre le Seigneur dire : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, viens te réjouir avec ton Maître. »

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Dear brothers and sisters in Christ:

These men, your relatives, confreres in religion and friends, are about to be ordained to the priesthood or to the diaconate. What is unusual is that these are monks who will exercise their ministry not in the typical priestly milieux of parishes and communities serving the lay faithful, but, in stable fashion, in this Abbey of Sept-Fons or in some other sister monastic community.

Recent documents of the Magisterium on the priesthood, from the Second Vatican Council onwards, mainly take the diocesan model of priestly life as the norm. These descriptions of the priesthood focus on the diocesan priest’s ministry and his relationship with his bishop.

This model seems not only to ignore but at times even contradict aspects of the monk-priest’s life. Someone might reason, for example, that the contemplative priest is exempted from many aspects of normal priestly ministry in order to facilitate his life of prayer.

But monks might find such a view as answer unsatisfactory because it seems to regard monastic life as basically incompatible with the priesthood. For the phenomenon of monastic priesthood is of great antiquity – in the sixth century St. Benedict was already dealing with the incorporation of priests into the monastic community as well as the question of having monks ordained.

In addition, the complementary nature of the priestly and religious vocations has been repeatedly affirmed by the Magisterium. It is one of the themes of this Year of the Priest in which the Holy Father presents St. John Marie Vianney as a model for all priests, not just the diocesan priest.

What theological description of monastic priesthood, then, might help to inform this ordination service today, in which Brothers Macaire and Nathanael will be consecrated for priestly service and Brothers Jerome and Joachim ordained deacons today in view of their future ordination to the priesthood?

Examining the church’s principle documents, trying to pinpoint where their descriptions of priestly life and ministry conflict with the life and ministry of the monk-priest, one finds a few points of convergence. These have to do chiefly with the priest’s specific configuration to Christ the High Priest.

This echoes a theme very present in monastic literature: that of describing the monastic ideals in terms of the monk’s gradual conformation to Christ. In the Rule of St. Benedict, we find images of Christ held out for imitation by the monk-priests as those of doctor and pastor, as those of one who is humble and obedient. These images were later developed by the main Cistercian writers of the twelfth century and were applied to the monk as both a leader and a disciple.

Those that apply to the abbot – pastor and medicus (shepherd and doctor)– refer to a participation in Christ’s own ministry. Those that apply to all monks – humilitas and obedientia (humility and obedience) – refer to a transformative imitation of Christ himself.

For this underlines the fact that the priest is chosen from among the community of the faithful and that, while he is called to lead the people of God by sharing in and continuing Christ’s own ministry, he remains very much a disciple, who needs continually to deepen the basic conformation to Christ he began in baptism.

Of course, there are other ways of describing monastic priesthood in the tradition. One is the link often made between religious consecration and Christ’s self-offering or self-sacrifice to the Father on behalf of the world. Monasticism itself was known as a white martyrdom.

Another is the monk’s special relationship to the Word of God. The practice of Lectio Divina as the typical form of monastic prayer puts a particular accent on the monk-priest’s life and ministry. His regular, prayerful dialogue through the written Word with the Word eternally spoken by the Father is both characteristic and transformative.

Time is set aside for it in the daily schedule and, along with choral prayer and manual labour forms, is one of the three fundamental elements of contemplative monastic life. This daily contact with the Word of God is also transformative in a way analogous to our daily contact with Christ in the Eucharist.


The Word of God today on the feast of St. Mary Magdalene, apostle to the apostles, as she is known in early traditions, suggests several themes for this ecclesial act of setting our brothers apart in sacred orders.

The Song of Songs speaks of the mystical communion of lover and the beloved and constitutes an echo of the monk’s intimacy with God in Christ in the daily communion of word and sacrament. That search by the monk’s total being for union with the beloved, with Christ, goes on day and night—“on my bed at night I sought him whom my heart loves”—until he can declare “I found him whom my heart loves”.

That finding of Christ effects in the disciple’s soul what we see taking place in Mary Magdalene in today’s gospel episode as her joy explodes and takes her back to the community of disciples. In her we see fulfilled Jesus the Good Shepherd’s declaration that he knows his own sheep by name and that they know his voice when he calls them. Afire with love, Mary could do nothing other than share this good news with the disciples: “I have seen the Lord”—a reality each of us is called to proclaim in word but also with our whole life, each of us in their own way.

For every Christian, but especially so for the monk-deacon and the monk-priest, the love of Christ, in the words of Pope Benedict XVI, is “not essentially a cosmic force, but [something] divine, transcendent. It acts on the universe but also, in itself, the love of Christ is a power that is "other," and this, his transcendent otherness, the Lord has manifested in his Passover, the "sanctity" of the "way" chosen by him to liberate us from the domination of evil… In the paschal mystery, Jesus has passed through the abyss of death, since God so willed to renew the world: through the death and resurrection of his Son "slain for all," so that all may live for him who has died and risen for them" (2 Cor 5, 16).

As we continue our celebration and prepare our brothers for a new stage in their intimate following of Christ, let us resolve to live our whole lives with total and selfless devotion so that on the last day they may hear the Lord say to them “well done, good and faithful servant, enter into the joy of your Lord”.

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